hopital-prive-montgarde.fr

Comprendre les coopérations dans les groupements hospitaliers de territoire (GHT)

05/10/2025

Qu’est-ce qu’un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) ?

Les Groupements Hospitaliers de Territoire, ou GHT, sont des alliances entre plusieurs établissements publics de santé, instaurées officiellement par la loi du 26 janvier 2016 relative à la modernisation du système de santé. L’objectif fondamental est de mutualiser les ressources et d’organiser l’offre de soins à l’échelle d’un territoire afin d’assurer à chaque patient un accès homogène à des soins de qualité, y compris dans les zones moins desservies.

  • 135 GHT sont répartis sur le territoire national (source : Ministère de la Santé, 2023).
  • 75% de la population est couverte par un GHT comprenant au moins un grand centre hospitalier.
  • En Île-de-France, on recense 15 GHT (source : Agence Régionale de Santé IDF).

Un GHT regroupe obligatoirement un établissement support (souvent un centre hospitalier universitaire ou un centre hospitalier régional) et des établissements partenaires, selon des périmètres définis par chaque Agence Régionale de Santé. Toutes les disciplines médicales ne font pas nécessairement l’objet d’une coopération. Il existe des variations selon les ressources, les spécialités de chaque établissement et les besoins locaux.

Les différents types de coopérations au sein des GHT

La coopération hospitalière dans le cadre d’un GHT ne se limite pas à un simple partage logistique. Elle englobe un ensemble d’actions coordonnées visant à l’efficience des parcours de soins, à la sécurisation des prises en charge et à la mutualisation de moyens techniques et humains. Voici les principaux axes de cette coopération :

  • Projet médical partagé : Chaque GHT élabore un projet médical partagé (PMP) qui définit la stratégie à moyen terme de l’offre de soins hospitaliers sur le territoire concerné. Ce document, actualisé tous les 5 ans, fixe les filières prioritaires, les plateaux techniques à mutualiser et les parcours de soins à coordonner.
  • Mutualisation des fonctions supports : Les GHT sont tenus d’organiser le partage de certaines fonctions administratives (achats, systèmes d’information, formations, qualité…). Par exemple, de nombreux GHT d’Île-de-France ont mutualisé leur système de gestion des dossiers patients informatisés.
  • Mobilité et gestion des personnels : Les GHT encouragent les mobilités professionnelles (notamment au sein du personnel médical ou soignant) entre établissements, ce qui favorise la continuité des soins et le partage de compétences.
  • Coopération logistique et achats groupés : L’achat groupé de matériel médical ou de prestations permet d’obtenir des prix plus compétitifs, tout en harmonisant les équipements disponibles pour les patients.

Les objectifs poursuivis et leur impact sur l’organisation hospitalière

Les coopérations au sein des GHT poursuivent plusieurs objectifs majeurs qui transforment en profondeur l’organisation de l’hospitalisation publique, tout en reflétant les évolutions du paysage sanitaire français.

  1. Renforcement de la sécurité et de la qualité des soins Les coopérations visent à garantir un accès égalitaire à l’innovation et à une prise en charge de qualité, quel que soit l’établissement d’accueil. Les plateaux techniques mutualisés et les expertises partagées réduisent les inégalités territoriales.
  2. Meilleure performance économique La rationalisation des achats et l’optimisation des fonctions supports génèrent des économies d’échelle significatives. Selon la Cour des comptes, les dépenses de fonctionnement pourraient être réduites de 10 à 20% sur certaines fonctions support grâce à la mutualisation (rapport Cour des comptes 2021).
  3. Développement de filières de soins coordonnées Les patients bénéficient d’un parcours de soins fluidifié, surtout pour les pathologies complexes (cancérologie, gériatrie, psychiatrie…), grâce à l’identification claire des spécialités d’excellence de chaque site.
  4. Soutien aux hôpitaux de proximité Les GHT permettent aux petits établissements de maintenir une activité en s’appuyant sur l’expertise et les moyens techniques des établissements supports, limitant les fermetures et les transferts longs pour les patients.

Fonctionnement au quotidien : exemples concrets de coopérations dans les GHT

Dans la pratique, la coopération dans un GHT peut prendre des formes variées. Quelques exemples :

  • En Île-de-France, le GHT Paris Nord (Pôles Sainte-Anne, Bichat – Claude-Bernard, Beaujon, Lariboisière, Fernand-Widal, etc.) a mis en place une organisation commune pour les urgences neurologiques. L’établissement de référence assure un accès rapide à l’IRM et à la télémédecine pour tous les sites membres (source : ARS Île-de-France, 2022).
  • Le GHT Nord Yvelines, centré autour du Centre Hospitalier de Mantes-la-Jolie, a développé un plateau technique partagé d’imagerie médicale : partage des scanners entre plusieurs établissements, permettant de réduire les délais d’attente et d’optimiser l’utilisation de matériel coûteux.
  • Dans le Val-de-Marne, le GHT 94 (CHR Créteil, Hôpital Albert Chenevier...) propose une plateforme commune de gestion des admissions et du dossier médical partagé, favorisant la fluidité de l’information et un meilleur suivi des patients chroniques.
  • Le GHT Sud Yvelines mutualise la gestion des services de stérilisation des instruments chirurgicaux, divisant les coûts et limitant la charge des équipes de stérilisation locales.

À noter : la mutualisation des achats médicaux a permis aux GHT d’Île-de-France d’économiser près de 25 millions d’euros en 2022 (source : Fédération Hospitalière de France - Île-de-France).

Les limites et défis des coopérations au sein des GHT

Si les bénéfices des GHT sont attestés, plusieurs freins subsistent.

  • Disparités de pratiques : Les cultures d’établissement, les habitudes médicales et les procédures administratives ne s’unifient pas du jour au lendemain. D’où la nécessaire mise en place de formations communes et d’instances de dialogue.
  • Problématique de l’attractivité : Certains petits établissements craignent d’être « dilués » dans la structure, ou de perdre leur attractivité au profit du centre support.
  • Complexité organisationnelle : La gestion de projets communs peut générer des lourdeurs administratives, parfois perçues comme un frein à l’innovation ou à la souplesse décisionnelle.
  • Manque de moyens techniques : Certaines mutualisations, notamment informatiques, souffrent d’un manque d’interopérabilité entre logiciels ou de sous-investissement dans les infrastructures.

De plus, toutes les spécialités médicales ne se prêtent pas à la mutualisation. Par exemple, la psychiatrie ou certaines activités chirurgicales nécessitent une autonomie organisationnelle ou une proximité forte avec le terrain local.

Et la place du privé dans les coopérations hospitalières ?

Il est important de rappeler que les GHT concernent exclusivement les établissements publics de santé. Cependant, la coopération avec les cliniques privées et acteurs du médicosocial s’est progressivement développée en marge de ces groupements :

  • Partage de plateaux techniques : Certains GHT peuvent conventionner avec des établissements privés pour l’accès à des équipements lourds (IRM, scanner…).
  • Coordination des prises en charge : Pour répondre aux enjeux de parcours des patients (notamment en SSR et en gériatrie), les GHT tissent localement des partenariats avec les cliniques, EHPAD et associations d’aide à domicile.
  • Recherche clinique et innovation : Les coopérations sur des projets précis de recherche, ou des organisations de prise en charge de maladies rares, peuvent inclure des partenaires privés.

En 2021, plus de 40 accords-cadres de coopération entre établissements publics et partenaires privés ont été signés en Île-de-France (source : Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés à but non lucratif - FEHAP).

Coopérer pour innover : quelques perspectives

Les GHT représentent l’une des réussites majeures de la dernière décennie en matière d’organisation hospitalière. Les chantiers à venir sont nombreux : déploiement du dossier patient informatisé territorial, renforcement de la médecine de parcours, intégration des soins de ville, et élargissement de la gouvernance à d’autres acteurs (médicosocial, privé...). Si la crise du COVID-19 a mis en lumière l’importance des solidarités hospitalières, elle a aussi révélé la nécessité d’aligner davantage les outils et les pratiques, pour une réponse encore plus réactive en cas d’urgence sanitaire.

À l’heure où les besoins évoluent rapidement, où la démographie médicale pèse sur les organisations et où l’enjeu de qualité des soins ne cesse de croître, le développement des coopérations au sein des GHT, et entre tous les acteurs de santé du territoire, apparaît plus que jamais comme une priorité stratégique pour la santé francilienne et nationale.

Pour aller plus loin :

En savoir plus à ce sujet :